Cet article vient à la suite du précédent, sur les dangers de l’intervention humaine lors d’un conflit entre chiens. J’y explique comment la pression d’un gardien sur son chien peut accélérer une réponse agressive de ce dernier.
S’il est important de laisser les chiens communiquer entre eux sans intervenir, reconnaître les situations dans lesquelles ils ne parviennent pas à comprendre ou se faire comprendre de leurs congénères est cependant primordial.
En effet, si un chien tente de communiquer une intention à un autre qui ne l’écoute pas, cela peut générer de la frustration, de la peur, et créer une mésentente. Il est possible d’apprendre à un chien à mieux communiquer, respecter et se faire respecter de ses congénères, mais or séance d’entraînement, il vaut mieux éviter ces situations. Vous pouvez vous éloigner ou gérer votre chien en longe de manière fluide pour rétablir un équilibre, ou couper court à l’interaction.
Les signaux de communication canine
Afin de repérer ces situations délicates, connaître les signaux canins de communication est indispensable. Vous trouverez de nombreuses infographies sur Internet. Le livret de Turid Rugaas nommé « Les Signaux d’apaisement » en détaille une quinzaine avec des exemples du quotidien. Parmi les plus visibles, on peut citer les actions suivantes : détourner la tête et le regard, s’ébrouer, bailler, se mettre de profil et marcher en arc de cercle par rapport au congénère. Ils permettent aux chiens de s’apaiser entre eux, et donc d’éviter des conflits, ou de les résoudre. [1] Bien-sûr, un chien peut bailler car il est fatigué. Nous nous intéressons donc au contexte d’apparition de ces signaux, à leur nombre ainsi qu’à leur répétition, pour évaluer l’état émotionnel d’un chien.
Les situations litigieuses
Dans bon nombre de cas, laisser un chien très excité interagir avec un ou plusieurs autres peut être compromettant. En effet, dans sa frénésie, il contrôle moins ses actions, prends moins le temps de communiquer et d’être attentif aux réponses de l’autre, et est donc moins poli en langage canin. On peut alors observer un comportement de harcèlement, des chevauchements, un jeu trop brutal, ou encore des aboiements de frustration.
Les questions à se poser
- Les interactions entre les deux chiens sont-elles symétriques ? Si l’un recherche le jeu et que l’autre ne répond pas ou prend la fuite, cela signifie qu’il n’est pas disponible pour jouer. Si le premier ne l’écoute pas, alors il a besoin d’être guidé, c’est-à-dire rappelé par son gardien, réorienté ou éloigné.
- Les chiens présentent-ils tous les deux des signaux d’apaisement en même temps, y compris lors de pauses dans le jeu ? Si la réponse est oui, alors ils communiquent leurs intentions pacifiques et l’interaction semble équilibrée (à ce moment précis). Si ce n’est pas le cas et que seul l’un des deux montre ces signaux, alors il se trouve dans une situation très inconfortable et il faut intervenir.
- Les deux chiens s’adaptent-ils l’un à l’autre ? En psychologie, on appelle cela l’auto-handicap. Par exemple, un chien adulte jouant avec un chiot se montrera plus doux. Si vous voyez que l’un des chiens se fait mordre sans arrêt, même pour jouer, et qu’il n’a pas le temps de répliquer, cela peut également être très inconfortable.
- Les rôles s’inversent-ils ? Dans une course-poursuite, c’est d’abord l’un, puis l’autre, qui est poursuivi. Dans un jeu au sol, celui qui est à terre permute.
- Les deux chiens paraissent-ils détendus ? Si l’un des deux semble avoir les muscles contractés, le poids du corps fortement vers l’avant (menaçant) ou vers l’arrière (fuyant), ce n’est pas bon signe. Attention à prendre en compte la morphologie et la longueur du poil, qui peuvent induire en erreur.
Pourquoi séparer les chiens ?
Lorsqu’une communication reste bloquée, les tensions s’accumulent chez les deux partis. Après un certain temps, très variable selon le seuil de tolérance des individus (de quelques secondes à plusieurs années), deux solutions : l’explosion, ou l’impuissance acquise. L’explosion peut mener à de graves morsures, commises par un chien en mal-être profond. L’impuissance acquise, c’est lorsque le chien s’abandonne totalement à son sort et subit les interactions ; le mal-être n’en est pas moins intense. Les chiens n’apprennent donc pas à communiquer si les conditions ne changent pas, ils emmagasinent des émotions désagréables, et cela risque de se répercuter sur leur comportement de manière générale.
PS : cet article prend l’exemple d’une communication entre deux chiens, mais il vaut également entre un chien et un adulte humain ou un enfant : si l’un des deux interagit de façon inappropriée avec l’autre sans s’en rendre compte, il est important d’expliquer ce qui se passe à l’humain, et d’apprendre à se respecter mutuellement.
Sources
[1] Mariti et al. (2017). Analysis of the intraspecific visual communication in the domestic dog (Canis familiaris): a pilot study on the case of calming signals. Journal of Veterinary Behavior Clinical Applications and Research, 18, pp. 49–55.
Léa Maisonhaute – Comportementaliste canine chez L’Esprit Raiden



